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chronique
Littérature, Réflexions intimistes

Le plus beau souvenir du plus beau voyage

C’est tellement difficile pour moi, de vous parler du collectif Bonjour voisine dirigé par Marie-Hélène Poitras (Éditions Mémoire d’encrier) suite à notre passage en Haïti en mai dernier. S’il émerge toujours un petit malaise à parler des ouvrages auxquels on a participé, celui-là est encore différent. Je suis incapable de juger de mes propres textes (quoique j’ai redécouvert le plus court avec un regard complètement neuf puisque j’avais oublié l’avoir écrit…), mais dans ce cas particulier j’ai bien du mal à juger de l’ensemble.

Ce livre-là, c’est le plus beau souvenir qu’on pouvait me faire du plus beau et signifiant des voyages. Ces quelques jours en Haïti ont été une expérience fulgurante pour moi comme pour d’autres. Il se trouve que ce qui unit les participants à ce rêve, c’est que nous écrivons. Qu’il en sorte un livre, en ce sens, paraît naturel.

Mais un livre publié qu’on ferait lire à d’autres? Pourquoi? Pourquoi pas? Chose certaine, je suis incapable de juger le projet parce qu’en le lisant d’une couverture à l’autre, j’étais de retour dans la cour de l’Hôtel Plaza, la moiteur, les mangues et le rum & sour. J’étais dans mes souvenirs, dans mon récit qui croise celui des gens rencontrés là-bas devenus amis ou complices.

Certains m’ont dit que ça passait le test parce que la littérature est au rendez-vous. Et puis je me fie un peu à Daniel Grenier qui ne doit rien à personne dans cette histoire et que je pense donc honnête quand il parle de notre «enthousiasme communicatif».

Alors voilà, si je vous en parle c’est de là. De ce lieu singulier que je qualifie, dans le livre comme «un rêve dont je n’avais jamais rêvé et dont je savais, en le parcourant, qu’il était pourtant un rêve devenu vrai» (Si la photo est bonne). Je ne peux pas vous en parler autrement.

De ce rêve, je dois dire qu’il émerge des textes, des paroles et aussi des dialogues. Dès le début de la lecture, le duo des textes de Laure Morali et Rodney St-Éloi m’a foutu un uppercut. Touchée par le texte fragmenté de Laure et par cette façon dont elle parle de Rodney (Rodney qui est, je le pense sincèrement, un rassembleur hors-norme, un homme important de l’édition au Québec, celle qui se fait maintenant et celle qui se fera dans les prochaines décennies). Laure écrit donc: « C’était cela le projet de Mémoire d’encrier. Cet archipel qui n’existait nulle part ailleurs que dans son regard rempli de secrets, un halo bleu sous son front baissé. » (Je ne connais pas Haïti, Haïti me connaît) Touchée ensuite par le texte de Rodney qui suit tout juste et qui parle de ses deux pays: « Un pays, c’est un rêve au grand jour. Un pays, c’est une fable qu’on se raconte pour pouvoir dormir dans la tempête. » (L’enfance est une invention de l’exil)

Émue ensuite de retrouver dans le texte de certains des préoccupations qui résonnent avec les miennes, entre autres cette place difficile à prendre de l’étranger dans un pays où on débarque nécessairement avec notre lot d’idées préconçues. Lire Yvon Rivard (Si Haïti était une arche), en ce sens, a été un baume, tout comme le texte de Bertrand Gervais: « Je suis en Haïti, mais si peu. Si peu. Comme une frontière qui n’est pas encore franchie. » (Les faux départs. Malaise au Champ-de-Mars) Le texte de Bertrand qui parle de cette aventure au Champ-de-Mars, cette aventure où je n’étais pas, mais qu’il m’a racontée avec une précision toute particulière, un mélange entre anthropologie et émotion. Relire ici ses souvenirs, c’est réentendre mon coeur qui couine légèrement quand il tourne sur lui-même pour ouvrir un espace. Nouvel ami.

Même chose en lisant le texte d’Élise Turcotte qui évoque « le champs-de-mars que je parcours un matin » et, moi, au détour du vers, je la revoie prononcer le mot « amie » pour la première fois. On se connaissait depuis 24 heures peut-être et elle osait ce que je n’aurais jamais pensé nommer. Je suis parfois plus pudique qu’on le croit.

Il y a deux textes de moi dans ce livre, mais il y a de moi saupoudré un peu partout. Ce n’est pas le livre de cinquante-deux auteurs, c’est l’histoire d’une rencontre (de rencontres). Vos avis m’intéresseront si vous vous y plongez.

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